mardi 19 octobre 2021

Mise au pas de la Mongolie intérieure

La situation du Tibet et des Ouïghours au Xinjiang ne doit pas dissimuler ce qui se passe en Mongolie intérieure, où la Chine accélère les « mesures d’assimilation » à l’approche des Jeux Olympiques d’hivers de Pékin en 2022. Photo : l’écrivaine Govruud Huuchinhuu, décédée en 2015 après avoir été constamment surveillée et persécutée. Portraits d’activistes. En Chine, il ne fait pas bon être Mongol. Après le Tibet et le Xinjiang, Pékin s’en prend aujourd’hui à la Mongolie intérieure, autre région autonome de Chine, où vivent 24 millions d’habitants. S’il n’y a pas de camps d’internement ou d’arrestations massives, des mesures d'assimilation similaires à celles imposées aux Tibétains et aux Ouïghours sont appliquées : abandon de la langue locale, destruction des symboles culturels et cours de patriotisme. Négation totale d’une forte culture locale, que le gouvernement tente d’assimiler à celle de l’ethnie Han. Mongolie intérieure, une « région autonome » de 1.183.000 km2 au nord de la République Populaire de Chine. C’est dans l’enseignement qu’a commencé cette éradication. En 2020, le chinois a été imposé dans tous les cours de littérature, d’histoire et de sciences politiques, et lors de la dernière rentrée scolaire, tous les livres traitant de l’histoire et de la culture mongoles ont été entièrement retirés de l’enseignement primaire et secondaire. Quelques manifestations ont eu lieu, notamment à Hohhot, « capitale » de la Mongolie intérieure. Le gouvernement chinois a diffusé des images issues de vidéos de surveillance, pour identifier les manifestant.e.s, avec une récompense de 150 dollars à la clé. 8 à 10.000 personnes auraient été arrêtées. « L'objectif est très clair : ils veulent éradiquer complètement la langue, la culture et l'identité mongoles », affirme Enghebatu Togochog, directeur du Southern Mongolia Human Rights Center, basé à New York, l’une des très rares ONG à alerter sur le sujet l’opinion internationale, à l’approche des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin en 2022. En septembre 2020, un journaliste du Los Angeles Times en reportage à Hohhot a été arrêté et aussitôt réexpédié vers Pékin. Et les publications en mongol sont systématiquement censurées par les autorités chinoises. Difficile, dans les conditions, de savoir précisément quel est le niveau de répression en Mongolie intérieure, et plus encore d’identifier des activistes qui résisteraient ouvertement à cet étouffement programmé. Mine de charbon en Mongolie intérieure. Photo David Stanway, Reuters. La main-mise de Pékin sur la Mongolie intérieure n’est pas uniquement linguistique et culturelle. Comme pour le Xinjiang, de puissants intérêts économiques sont en jeu. Il y a en effet, en Mongolie intérieure, de nombreuses mines de charbon. Le 7 octobre dernier, le gouvernement chinois leur a ordonné d'augmenter leur production de près de 100 millions de tonnes, pour faire face aux pénuries d’électricité. L’une des dernières figures connues de la résistance en Mongolie intérieure aura été l’écrivaine Govruud Huuchinhuu. Co-fondatrice en 1992 avec Hada et d’autres activisites mongols, de l'Alliance démocratique de Mongolie du Sud, elle a été systématiquement censurée et persécutée par les autorités chinoises. En 2007, elle avait toutefois publié clandestinement Silent Rock, à quelques exemplaires, stockant des copies du livre aux domiciles de sa nièce et de ses collègues de travail. Cela n’a pas suffi : la police a arrêté sa nièce et confisqué tous les copies du livre (Lire ICI). Placée une première fois en résidence surveillée en novembre 2010, Govruud Huuchinhuu a été arrêtée en janvier 2011 à sa sortie d’un hôpital de Tongliao où elle avait été traitée pour un cancer, et mise au secret (les organisations de droits de l’homme parlent de « disparition forcée »). En novembre 2012, elle a été jugée et déclarée coupable de « fuite de secrets d'État lors d'un procès à huis clos ». A nouveau placée en résidence surveillée, elle est décédée du cancer voici 5 ans, le 25 octobre 2016. Jusqu’à son dernier souffle, elle aura fait l’objet d’une surveillance constante des autorités chinoises. Post scriptum 1 Un activiste mongol, Baolige Wurina, est réfugié en Suède. En juillet dernier, notamment grâce à la mobilisation de l’ONG Safeguard Defenders, il a échappé de peu à son extradition demandée par la République Populaire de Chine. Post scriptum 2 Ce 17 octobre, deux jeunes activistes, Tsela Zoksang, étudiante tibétaine de 18 ans, et Joey Siu, 22 ans, militants de Students for a Free Tibet, ont été arrêtés par la police grecque après avoir réussi déployer au sein de l’Acropole une banderole appelant à boycotter les JO d’hiver de Pékin 2022. (Voir ICI la campagne #NoBeijing2022)