vendredi 19 novembre 2021

Michelsen Vargas, abattu pour avoir manifesté contre un oléoduc

Pendant que des élèves policiers « jouent aux nazis », leurs collèges de l’ESMAD, la police anti-émeute colombienne, visent à la tête. Un jeune paysan de 31 ans, manifestant contre un oléoduc, est la énième victime d’une violence policière encouragée par l’État colombien. Un visage, un nom, que la mort extrait de l'anonymat. Michelsen Vargas était un jeune paysan de 31 ans. Le 13 novembre dernier, il manifestait à Bolivar, dans le département colombien de Santander, avec d’autres paysans qui protestent depuis près de deux mois contre une société de transport d’hydrocarbures et la construction d’un oléoduc qui affecte leurs territoires. Avec la brutalité qu’on lui connaît, une brigade de l’ESMAD (police anti-émeute) est intervenue sans ménagement pour déloger les manifestants venus en famille. Michelsen Vargas a reçu une grenade assourdissante en pleine tête. « Ils ont tiré à moins de trois mètres », confie une porte-parole des manifestants : « après l'avoir vu au sol, un agent de l’Esmad a continué à lui donner des coups de pied puis l'a mis dans une camionnette et l'a menotté. » Admis en soins intensifs dans une clinique de Tunja, Michelsen Vargas est resté cinq jours dans le coma avant de décéder ce jeudi 18 novembre. 87 morts, 617 victimes de violence physique, 228 victimes de coups de feu, 28 victimes de violences sexuelles, 784 interventions violentes dans le cadre de manifestations pacifiques et 2 005 détentions arbitraires… Les très nombreuses violences policières de l’ESMAD lors de la récente grève nationale en Colombie, entre le 28 avril et le 26 juin, ont fait l’objet d’un rapport détaillé et d’une condamnation sans appel de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) (Lire ICI). Le président colombien Ivan Duque se contrefiche de ce rapport, et de même que rien n’est véritablement fait pour prévenir les assassinats de leaders sociaux, l’ESMAD n’a rien changé à ses méthodes criminelles. Dans une école de police en Colombie, des élèves policiers « s’amusent » à se déguiser en officiers nazis. Le 3 novembre dernier, Ivan Duque était chaleureusement reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, qui a tenu à saluer « un ami de la France, des valeurs démocratiques, de la paix. » La mort de Michelsen Vargas, coupable de défendre la terre des paysans contre les vautours du pétrole, rappelle le vrai visage de ces « valeurs démocratiques ». A part ça, on s’amuse beaucoup au sein de la police colombienne. Dans le cadre d’un « exercice pédagogique sur l’histoire universelle », le directeur de l’école de police Simon Bolivar à Tuluá, dans le Valle del Cauca, a demandé aux aspirants policiers de « jouer au nazisme », avec uniformes et emblèmes hitlériens. Ladite école de police a jugé malin de poster des photos sur sa page Facebook. Heureusement, d’une certaine manière : face aux réactions, notamment des ambassades d’Israël et d’Allemagne, le président Ivan Duque a été obligé de dire que, quand même, c’est pas bien. Mais quelle ambassade va se soucier de la mort d’un jeune manifestant pacifique, un simple paysan de 21 ans, tué par la police du gouvernement colombien ?