samedi 20 novembre 2021

Les migrants qui traversent le Mexique, ces « héros audacieux »

Lauréate du dernier prix Virginia, la photographe hispano-belge Cristina de Middel suit, depuis la frontière guatémaltèque, la route des migrants qui traversent le Mexique jusqu’à la frontière avec les États-Unis. Une «narration expérimentale» qui invente une poétique du reportage. Créé en 2012 par Sylvia Schildge, elle-même photographe, et Marie Descourtieux, le prix Virginia récompense tous les deux ans le talent et le parcours d’une femme photographe. Après Liz Hingley (2012), Dina Goldstein (2014), Sian Davey (2016), Cig Harvey (2018), la photographe hispano-belge (vivant au Brésil) Cristina de Middel est à son tour distinguée, avec un « reportage » au long cours qui suit le périple des migrants en Amérique centrale qui tentent de rejoindre le « Centre de la Terre », une modeste bourgade plantée le long de la frontière, en Californie baptisée Felicity. On s’en doute, le long voyage de ces migrants, semé d’embûches et d’épreuves, est loin d’être feliz (heureux). C’est même un parcours de tous les dangers. Mais pour Cristina de Midell, « les migrants ne sont pas des victimes qui fuient, mais plutôt des héros audacieux qui relèvent des épreuves colossales pour atteindre leur but. » Depuis The Afronauts, une série qu’elle a publiée en 2012 (voir ICI), Cristina de Middel s’attache à ce qu’elle nomme des « narrations expérimentales ». De fait, même si le photojournalisme fut sa formation initiale (Barcelone, 2002), son travail actuel prend de réjouissantes libertés avec ce qui est généralement attendu en termes de reportage. « Voyage au centre », le titre de sa série sur les migrants d’Amérique centrale, est une allusion au roman de Jules Verne. Par exemple, la photo d’une vieille femme au milieu d’un bassin naturel, niché dans les montagnes (ci-dessus) fait écho à la mer intérieure que découvre Axel, le personnage imaginé par Jules Verne, dans son voyage initiatique. Elle mêle bien sûr « les fabuleux paysages du Mexique et les créatures mythologiques qui peuplent ce chemin vers le Nord », sans évacuer « la brutalité des faits » : pour beaucoup des migrants, ce sera la mort en ce jardin. Mais, au-delà de telles images, on est saisi par la poétique du projet de Cristina de Middel, véritable carnet de bord où sont joints montages, collages et autres documents d’archives. Pas plus que les migrants encore en route, la photographe n’est au bout du chemin. Sur le site du prix Virginia, Cristina de Middel annonce qu’elle va poursuivre dans les prochains mois sa collaboration avec les ONG et les agences nationales qui opèrent à la frontière de l’Arizona ainsi qu’avec la nation Tohono O’odham dont le territoire se trouve au milieu de cet afflux de migrants. Site internet de Cristina de Middel : http://www.lademiddel.com Vidéo (en anglais, 23’, janvier 2020) Cristina de Midell en conversation avec Martin Parr