lundi 18 octobre 2021

Anna Halprin, replay

Parades & changes, remonté par Anne Collod. Photo Jérôme Delatour. Spectacle, performance collective, conférences et projections. Du 13 au 16 octobre, le Théâtre de Nîmes rend hommage à Anna Halprin, décédée en mai dernier, à 101 ans. Une évocation plurielle d’une artiste engagée qui a révolutionné la conception même de la danse. Après les Gilets jaunes, les Pancartes blanches ? Une singulière manifestation est prévue à Nîmes, le 16 octobre à partir de 16 h. Une trentaine de participant.e.s vont défiler dans le centre-ville, accompagné.e.s par la fanfare Peña Camarga. Il n’est pas impossible que des airs révolutionnaires scandent le trajet, mais les pancartes brandies à l’occasion seront vierges de tout slogan. En 1967, lorsque la première manifestation de ce genre eut lieu aux États-Unis, les passants étaient invités à exprimer ce contre quoi ils voulaient protester. Ce happening, imaginé par Anna Halprin, n’était pourtant pas exempt d’intentions politiques, à l’époque contre la Guerre du Vietnam. Cette Blank placard dance, aujourd’hui, garde sa force protestataire tout un questionnant un espace public désormais saturé de signes. Vidéo : Blank placard dance, remontée par Anne Collod à Montréal en mai 2017. Cette manifestation s’inscrit dans l’hommage que rend le Théâtre de Nîmes, du 13 au 16 octobre, à Anna Halprin, décédée à 101 ans en mai dernier (lire ICI). Elle laisse derrière elle bien plus qu’une œuvre au sens classique du terme. Cette « exploratrice de danse » a eu une influence considérable sur toute la post-modern’danse américaine par ses improvisations sur les gestes du quotidien, la nudité, les rapports communautaires, la nature… Chorégraphe engagée, elle réalisera notamment une performance anti-ségrégationniste en 1969, Ceremony of Us, après les émeutes de Watts à Los Angeles. Enfin, atteinte d’un cancer en 1972, elle entreprend une démarche thérapeutique et met en place un rituel mêlant dessin, parole et expression des émotions les plus violentes. Elle mène alors de front ses propres créations chorégraphiques, des workshops collectifs, et travaille avec des malades en fin de vie, atteints du cancer ou du SIDA. « Avant mon cancer je dédiais ma vie à mon art, et après mon cancer j'ai dédié mon art à la vie », confiait-elle à Janice Ross, auteure de Anna Halprin. Experience as dance. Vidéo : Honorer Anna Halprin, conférence par Janice Ross (44’). Point d’orgue de l’hommage à Anna Halprin que propose le Théâtre de Nîmes : la reprise de Parades & Changes, une pièce majeure créée en 1965 avec Morton Subotnick, compositeur de musique électronique. Cette performance longtemps interdite aux États-Unis pour cause de nudité, a été remontée par Anne Collod en 2008, en dialogue avec Anna Halprin. « Parades and changes est composé d’un ensemble non clos de “cellules” ou de “blocs”», indique Anne Collod dans la revue Repères / Cahiers de danse. « Chacun de ces blocs est basé sur une tâche à accomplir : par exemple s’habiller et se déshabiller, s’étreindre, ou encore escalader un échafaudage. Chaque tâche fait l’objet de ce qu’Anna Halprin appelle un “score”, ce que je traduis par “programme d’activité”. Le score précise un ensemble de paramètres, comme le rapport au temps (vitesse, durée…) ou à l’espace (trajets, amplitude du mouvement…), le nombre de personnes effectuant l’action, etc. Il peut également indiquer des tâches annexes, par exemple “ramasser un objet”. Interpréter les scores, comme je me propose de le faire pour parades & changes, replays, consiste donc à activer ce jeu qu’instaure Anna entre un cadre suffisamment défini pour que l’on puisse œuvrer ensemble, et suffisamment lâche pour que chaque acteur soit en mesure de choisir sa façon de l’actualiser." Conférences et projections Conférences et projections complètent cet hommage à Anna Halprin. Le 14 octobre, avant Parades & changes, Jacqueline Caux retracera l’œuvre de celle qui fit exploser tourtes les conventions de la danse contemporaine. Jacqueline Caux qui avait conçu la rétrospective Anna Halprin au Musée d’art contemporain de Lyon en 2006, présentera également le film Who Says I Have to Dance in a Theater, qu’elle a réalisé en 2006, qui rend compte des ruptures fondamentales apportées par Anna Halprin dans le champ de la danse à partir de nombreux extraits de performances dans la nature, dans les rues de Paris, dans les bois et sur les plages proches de San Francisco. Universitaire, Julie Perrin évoquera pour sa part plus particulièrement les formes participatives déployées hors des théâtres : studios, musées, plein air, centres urbains, dont témoigne par exemple la performance City of Danse en 1976. Deux films, enfin : Le Souffle de la danse, de Ruedi Gerber (bande annonce ICI), où le réalisateur superpose des séquences d'interviews de la chorégraphe, avec les réflexions de son mari architecte, de ses filles et de ses anciens collaborateurs, mêlées de performances récentes et passées d'Anna Halprin ; et l’incontournable My Lunch with Anna (2005), où Alain Buffard, à qui l’on doit met en scène sa rencontre avec Anna Halprin en une suite de séquences parlées-dansées, au rythme de cinq déjeuners tournés à San Francisco (Extrait ICI). Programme Hommage à Anna Halprin au Théâtre de Nîmes Who Says I Have to Dance in a Theater, film de Jacqueline Caux, le 13 octobre à 18 h (Carré d’art) Anna Halprin à l’origine de la performance, conférence de Jacqueline Caux, le 14 octobre à 18 h. Parades & changes, Replay in expansion, conception et direction artistique Anne Collod en dialogue avec Anna Halprin, les 14 et 15 octobre à 20 h, Théâtre de Nîmes. My Lunch with Anna, film d’Alain Buffard, le 15 octobre à 18 h. Le Souffle de la danse, film de Ruedi Gerber, le 16 octobre à 11 h (cinéma Le Sémaphore) Blank placard dance, le 16 octobre à 16 h (dans les rues de Nîmes). Chorégraphier avec la ville, conférence de Julie Perrin, le 16 octobre à 18 h. Théâtre de Nîmes : https://theatredenimes.com