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Madagascar : le téléphérique coûte que coûte.

Dernière mise à jour : 11 janv.


Le président malgache Andry Rajoelina et Emmanuel Macron sur le perron de l’Élysée, le 27 août 2021 à Paris. Photo Bertrand Guay / AFP.


Exit l’argent de la Banque mondiale : le Groupe Colas, impliqué dans un projet présidentiel de téléphérique à Antananarivo, vient d’être sanctionné pour malversations et pratiques frauduleuses. Alors, que faire ? Pour ne pas fâcher son grand ami Emmanuel Macron, le président malgache va trouver l’argent ailleurs, en supprimant des services publics liés à la formation, à l’environnement et à la culture.


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A Madagascar, « les différentes promesses de campagne du président Andry Rajoelina [élu en janvier 2019] semblent pour le moment piétiner. La pauvreté, l’insécurité, la hausse du coût de la vie, bref tous les problèmes auxquels la population est confortée restent inchangées et s’empirent même dans un contexte sanitaire non favorable », écrit Madagascar-Tribune. La pauvreté et tout ça, ça peut attendre. En revanche le président Andry Rajoelina a un super-projet projet de téléphérique à Antananarivo, qui « ne semble pas vraiment susciter l’adhésion de la population. Une vague de contestation a commencé à se lever contre la mise en œuvre de ce projet ces derniers jours. »

Problème : un téléphérique, même inutile, ça coûte cher. Mais le premier ministre malgache, Christian Ntsay, a des idées, sans doute héritées de sa formation en France : en 1985-1986, il a étudié au Centre d'études financières, économiques et bancaires (Paris et Marseille), où il a obtenu un diplôme en Techniques de gestion et de direction d'entreprises (ultérieurement, de 1993 à 1997, il a été directeur général d’une compagnie pétrolière).

Dans l’optique de « maîtriser et de réduire les subventions », le gouvernement malgache vient de décider de supprimer une quinzaine d’organismes publics rattachée aux institutions et ministères. Parmi les organismes concernés : le Centre de formation pour le Développement de Madagascar, le Comité interministériel de Lutte contre la contrefaçon et le marché illicite des médicaments, l’Observatoire national de l’Environnement et du Secteur forestier, l’Association nationale d’Actions environnementales, le Centre national de Formation professionnelle artisanale et rurale, et le… Centre national d’Enseignement de la musique et de la danse.

Selon les informations des humanités, ces brillantes idées auraient été suggérées au président malgache par Emmanuel Macron, lorsqu’il l’a reçu à l’Elysée, en août dernier. Andry Rajoelina était venu à Paris participer à la Rencontre des entrepreneurs francophones, organisée les 24 et 25 août derniers par le Medef. Emmanuel Macron avait alors déclaré « renouveler [son] attachement [au président malgache] à ce que vous réussissiez là où vous êtes, et [son] attachement personnel à la réussite des projets que vous avez à conduire au service de votre peuple. »

Bon, au service du peuple, ça se discute. Selon Jeune Afrique, le Trésor français et l’entreprise de BTP Colas figurent parmi les principaux investisseurs du téléphérique d’Antananarivo. On comprend mieux ! Colas est, avec ADP International (une filiale d’Aéroports de Paris) et Bouygues Bâtiment International, l’une des trois entreprises françaises qui viennent d’être sanctionnées par l’International Finance Corporation (IFC), une unité de la Banque mondiale, qui a condamné des malversations et des « pratiques frauduleuses » autour d’un appel d’offres concernant les travaux d’agrandissement et de rénovation des aéroports d’Ivato et de Fascène à Nosy Be. Le Groupe Colas a été déclaré inéligible pendant 24 mois pour tout projet auquel la Banque mondiale devait apporter son concours. Mais pas question de fâcher la France : plutôt que de chercher un autre opérateur, le président malgache préfère sabrer dans les services publics.

Par ailleurs, petite piqûre de rappel : le sud de Madagascar connaît la première famine climatique du 21ème siècle. Alors qu’elle s’y était engagée en signant les accords de Paris, « la France n’a pas rempli ses engagements sur le financement de l’adaptation et donc sur l’aide aux pays les plus vulnérables pour faire face au réchauffement climatique. Ça, ce serait l’un des leviers pour combattre cette famine », rappelle Elisa Naccarato, responsable de campagne Climat Sécurité Alimentaire chez Oxfam France.

Sans commentaire, ou plutôt si. Pour Emmanuel Macron, les intérêts de Colas sont plus importants que le sort d’1 million de personnes.


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